Changement au Togo : Une nouvelle dynamique unitaire à l’horizon pour canaliser la lutte

Un nouveau front pour canaliser la lutte politique et sortir le combat politique pour l’alternance plongé dans une impasse politique et redonner espoir au peuple ? C’est visiblement ce vers quoi l’on tend, à lire entre les lignes d’une déclaration rendue publique par l’Union des démocrates socialistes (UDS Togo) et à y ajouter les indiscrétions.

Antoine Folly et les siens, à la suite d’une analyse assez réaliste de la situation politique au Togo depuis la tenue de l’élection présidentielle du 22 février dernier, à  l’issue d’un séminaire consacré à une analyse approfondie de la situation sociopolitique, appellent toutes les forces politiques à « sortir courageusement de l’épisode électoral du 22 février 2020, à engager un travail collectif d’examen de conscience sur le chemin parcouru depuis trente ans et à s’organiser pour mieux  préparer l’avenir ».

L’UDS Togo suggère que « les partis politiques et les organisations de la société civile acquis au changement adhèrent à une vraie dynamique unitaire de toutes les forces démocratiques du Togo par la mise sur pied d’une nouvelle structure de lutte » afin de canaliser la lutte populaire.

La formation appelle solennellement le Chef de l’Etat à prendre l’initiative d’une « concertation politique nationale inclusive pour mener une réflexion collective, non seulement sur la question de la gouvernance électorale au Togo, mais aussi sur la possibilité de travailler ensemble à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une plateforme d’entente nationale pour le relèvement des graves défis, politiques, économiques, sociaux et sociétaux auxquels notre cher pays est confronté ».

Ces appels découlent d’une réflexion sérieuse sur la situation politique du Togo caractérisée par une impasse manifeste qui assombrit l’horizon. Il s’agirait, selon les indiscrétions, d’une position collégiale de plus en plus partagée au sein de l’opposition, une « nouvelle conscience politique qui commence à se dessiner au sein des sphères politiques autour de la nécessité que le pouvoir et l’opposition travaillent ensemble pour imprimer un nouveau souffle à la gouvernance du pays ». Les sources évoquent en effet, dans les coulisses depuis des semaines, un travail autour d’un noyau de l’opposition.

« La vraie problématique à laquelle  notre pays est confronté est celle de son incapacité à opérer une mutation radicale en matière de gouvernance : gouvernance électorale, gouvernance économique et financière, gouvernance sociale. Il faut, par conséquent, que nous travaillions ensemble à modifier la perception que les Togolais ont de l’action politique », analyse l’UDS Togo.

Autocritique, c’est à cet exercice qu’Antoine Folly et sa formation invitent leurs pairs de l’opposition. « L’Opposition ne doit pas avoir peur de faire son autocritique pour rechercher humblement les causes profondes de ses échecs successifs depuis trois décennies de lutte pour la conquête de la démocratie malgré sa détermination et le soutien populaire dont elle a toujours bénéficié », convie l’UDS Togo. « N’avons-nous pas trop souvent répété les mêmes erreurs ? Ne dit-on pas souvent que la même erreur répétée trop de fois n’est plus une erreur mais un choix ? », s’interroge le parti qui « n’entend nullement s’exonérer de cet examen de conscience » et s’engage à assumer « avec humilité la part de responsabilité qui aura été la sienne tout au long de ces trente années de lutte pour l’instauration de la démocratie au Togo ».

« A force de se comporter face aux enjeux électoraux comme si nous étions dans un système de démocratie établie, nos partis politiques respectifs ont fini par contribuer à ériger des principes de vernis démocratique en règles du jeu pour l’organisation des élections au Togo. De scrutin en scrutin, le bulletin de vote a perdu tout son sens et les élections sont devenues de simples formalités de renouvellement automatique des mandats du parti au pouvoir », relève la formation politique.

Ci-dessous la déclaration.

 

DÉCLARATION

A l’issue d’un séminaire consacré à une analyse approfondie de la situation sociopolitique qui prévaut dans notre pays, le Togo depuis le dernier scrutin présidentiel, l’UDS-Togo tient à faire la déclaration ci-après :

1 Plus de quatre mois après l’élection présidentielle du 22 février 2020, les Togolais  à qui les uns avaient promis une alternance certaine et les autres, un vrai changement dans la continuité, se retrouvent à  nouveau plongés dans le désespoir et des incertitudes encore plus fortes sur leur avenir.

2 L’UDS-Togo avait attiré l’attention, d’une part sur sa profonde préoccupation face à la dégradation de la situation politique et socio-économique de notre pays et d’autre part, sur  ses sérieux doutes que l’issue de l’élection présidentielle, quelle qu’elle soit, puisse apporter les vraies réponses aux inquiétudes, aux interrogations et aux aspirations légitimes des populations togolaises.

3 Tout en étant unanimes à reconnaitre que le scrutin du 22 février 2020 ne s’est pas déroulé dans des conditions de transparence et d’équité acceptables, les six candidats de l’opposition démocratique n’ont pu s’accorder sur une lecture commune des résultats officiels. Cette lecture commune aurait pu servir de dénominateur commun pour une unicité d’action revendicative.

4 Force est de constater que l’opposition n’a pu empêcher, ni la publication par la Cour Constitutionnelle, des résultats définitifs actant la victoire du candidat sortant, ni la reconnaissance de cette victoire par les puissances étrangères, ni la prestation de serment du candidat déclaré élu pour un quatrième mandat de cinq ans.

5 Au regard de cette situation, l’UDS-Togo s’interroge sur les éléments objectifs qui fondent la conviction de ceux qui continuent de croire à la certitude de l’alternance en 2020 au Togo. L’Opposition ne doit pas avoir peur de faire son autocritique pour rechercher  humblement les causes profondes de ses échecs successifs depuis trois décennies de lutte pour la conquête de la démocratie malgré sa détermination et le soutien populaire dont elle a toujours bénéficié. N’avons-nous pas trop souvent répété les mêmes erreurs ? Ne dit-on pas souvent que la même erreur répétée trop de fois n’est plus une erreur mais un choix ?

6 L’UDS-Togo n’entend nullement s’exonérer de cet examen de conscience et assumera avec humilité la part de responsabilité qui aura été la sienne tout au long de ces trente années de lutte pour l’instauration de la démocratie au Togo. A force de se comporter face aux enjeux électoraux comme si nous étions dans un système de démocratie établie, nos partis politiques respectifs ont fini par contribuer à ériger des principes de vernis démocratique en règles du jeu pour l’organisation des élections au Togo. De scrutin en scrutin, le bulletin de vote a perdu tout son sens et les élections sont devenues de simples formalités de renouvellement automatique des mandats du parti au pouvoir.

7 L’UDS-Togo se félicite de la dernière prise de position de la Conférence des Évêques du Togo constatant  que sans une réforme sérieuse du cadre électoral, la démocratie ne saurait prospérer au Togo. Tout en partageant cette préoccupation, l’UDS-Togo regrette que ce constat ne soit accompagné d’aucune proposition de solution ni d’initiative concrète en direction des acteurs politiques.

8 Le combat pour la conquête de la démocratie passant par l’organisation d’élections libres, transparentes et équitables ne peut être le combat des seuls partis politiques. A cet effet, l’UDS-Togo a  suivi avec intérêt, la récente proposition du Front Citoyen Togo Debout (FCTD) préconisant la mise en place d’une transition en guise de solution de sortie définitive des crises postélectorales à répétition qui secouent le Togo depuis le début des années 1990. Certaines opinions ont hâtivement conclu à l’impossible réalisabilité de cette proposition en considérant que le contexte post-électoral né du dernier scrutin présidentiel ne pourrait être assimilé à une situation de crise susceptible de déboucher sur une transition.

9 Depuis le début du processus de démocratisation, il y a de cela trois décennies, la vie politique nationale togolaise est marquée par le culte de la logique conflictuelle comme élément d’établissement des rapports des forces créant dans le pays  une situation de crise sociopolitique chronique. Il n’est donc pas besoin de crise spécifique, comme le suggèrent certaines opinions, pour que les acteurs politiques acceptent de se concerter afin de s’accorder sur la manière de faire avancer le pays dans l’intérêt de tous et pas seulement d’une minorité.

10 L’UDS-Togo adhère pleinement à cette idée de l’impérieuse nécessité pour des adversaires farouches de toujours, de travailler ensemble dans l’intérêt du Togo et des Togolais pour une meilleure gouvernance du pays. Cela permettrait sans aucun doute, de dissiper les malentendus, les méfiances et les suspicions qui constituent des handicaps de plus en plus tenaces à notre vivre-ensemble.

11 Une citation tirée de la sagesse chinoise nous enseigne « qu’à vouloir tout avoir trop vite, on finit généralement par ne rien avoir du tout ». Les grandes choses commencent par de petites étapes. Ensemble, on est toujours plus fort. La même sagesse nous enseigne « qu’à vouloir garder indéfiniment pour soi un bien commun, on finit toujours  par tout perdre ». Cette sagesse chinoise devrait inciter l’opposition mais aussi le parti au pouvoir et tous ses soutiens à  un profond exercice d’autocritique.

12 La vraie problématique à laquelle  notre pays est confronté est celle de son incapacité à opérer une mutation radicale en matière de gouvernance : gouvernance électorale, gouvernance économique et financière, gouvernance sociale. Il faut, par conséquent, que nous travaillions ensemble à modifier la perception que les Togolais ont de l’action politique. En effet, la grande majorité des Togolais sont convaincus que les actuels tenants du pouvoir d’État travaillent plus pour leurs intérêts personnels et ceux de leurs soutiens extérieurs que pour l’intérêt général. Ce sentiment s’exacerbe au fur et à mesure que les mandats se prolongent.

13 Sclérosé par une nomenklatura militaro-clanique hostile à tout partage solidaire et équitable des richesses nationales et aux avancées économiques et sociales qui concourent à la prospérité, le régime qui nous gouverne depuis plus d’un demi-siècle ne semble pas en mesure d’insuffler au pays, la nouvelle gouvernance nécessaire à son développement. Quelles que soient les erreurs stratégiques et les divisions internes qu’on peut lui reprocher, l’opposition apparaît, aux yeux de la grande majorité des Togolais, porteuse d’une éthique politique plus soucieuse de l’intérêt général et d’une meilleure gouvernance.

14 Malgré cette perception positive, chaque scrutin qui passe éloigne les forces démocratiques du pouvoir d’État et renforce chez nos compatriotes l’idée d’une privatisation déguisée du pays au profit d’une minorité et un retour de fait à un monolithisme plus dévastateur que celui du régime à parti unique qui a sévi au Togo jusqu’au début des années 1990. Cette situation est très  inquiétante pour l’avenir du pays. En effet, des exemples passés, récents ou en cours, devraient pourtant convaincre les tenants de la ligne de non démocratie qu’aucun peuple au monde en ce 21ème siècle, ne peut accepter d’être  indéfiniment  maintenu en situation d’esclavage sur son propre sol. Une telle situation ne peut qu’engendrer des frustrations et des colères dont personne ne peut prévoir l’ampleur des dégâts.

15 La nouvelle conscience politique qui commence à se dessiner au sein des sphères politiques autour de la nécessité que le pouvoir et l’opposition travaillent ensemble pour imprimer un nouveau souffle à la gouvernance du pays est une occasion inespérée qui s’offre aux tenants du pouvoir de faire amende honorable vis-à-vis des populations dont les intérêts n’ont jamais été au cœur des préoccupations politiques. Pour l’UDS-Togo, la résolution de travailler ensemble à une meilleure gestion du pouvoir d’État au service et au profit des populations togolaises ne doit  nullement signifier « aller à la soupe ou à la mangeoire ». Au contraire, elle constitue un acte politique courageux d’abnégation.

16 En réalité, cette volonté de travailler ensemble à une meilleure gouvernance du pays n’est pas totalement nouvelle. Elle a toujours existé de part et d’autre mais, n’a jamais pu résister aux peurs d’une opinion formatée au refus systématique du compromis, aux méfiances, aux suspicions, aux malentendus mais aussi aux antagonismes et aux egos surdimensionnés. Les trois décennies de lutte pour la conquête de la démocratie au Togo ont connu de nombreuses occasions manquées où le régime au pouvoir et l’opposition pouvaient se donner la main pour changer l’histoire de notre pays. On peut citer entre autres occasions, la victoire de la Coalition CAR-UTD aux élections législatives de 1994, l’Accord-Cadre de Lomé, suite aux 22 engagements pris avec l’Union Européenne, l’Accord Politique Global (APG) d’Août 2006, le CPDC, le CPDC rénové, les discussions intertogolaises suite aux grandes manifestations populaires de 2017 et 2018. La farouche volonté du régime de conserver tout le pouvoir mais aussi l’absence de maturité stratégique des forces démocratiques à définir des victoires d’étapes et à faire leur, le slogan « Démocratie d’abord et multipartisme ensuite » ont concouru à transformer ces occasions historiques de compromis salvateurs en occasions d’exacerbation des clivages et de consolidation des tares qui continuent de bloquer le décollage politique, économique et social du pays.

17 La situation d’impasse politique et stratégique dans laquelle se retrouve à nouveau le pays au lendemain de l’élection du 22 février 2020 était prévisible. Tout le monde avait conscience que les résultats connus d’avance de ce scrutin n’allaient apporter aucune vraie réponse aux préoccupations légitimes des Togolais. Passée l’euphorie des promesses de campagne qui n’engagent que ceux qui ont eu le malheur de les écouter et parfois d’y croire, les Togolais ont vite renoué avec les dures réalités de leur vie quotidienne faite de souffrances, de dénuement et d’humiliations.

18 Pour sortir de cette impasse et permettre au pays d’aller réellement de l’avant, l’UDS-Togo voudrait, en toute humilité :

  • lancer un appel à toutes les forces politiques du Togo à sortir courageusement de l’épisode électoral du 22 février 2020, à engager un travail collectif d’examen de conscience sur le chemin parcouru depuis trente ans et à s’organiser pour mieux  préparer l’avenir ;

 

  • proposer que les partis politiques et les organisations de la société civile acquis au changement adhèrent à une vraie dynamique unitaire de toutes les forces démocratiques du Togo par la mise sur pied d’une nouvelle structure de lutte à l’instar du Front des Organisations Démocratiques (FOD) qui avait, en son temps, canalisé la lutte populaire ayant conduit à la tenue de la Conférence nationale souveraine ;

 

  • lancer un appel solennel au Chef de l’Etat afin qu’il prenne l’initiative d’une Concertation politique nationale inclusive pour mener une réflexion collective, non seulement sur la question de la gouvernance électorale au Togo mais aussi sur la possibilité de travailler ensemble à  l’élaboration et à la mise en œuvre d’une plateforme d’entente nationale pour le relèvement des graves défis, politiques, économiques, sociaux et sociétaux auxquels notre cher pays est confronté.

Fait à Lomé, le 14 juillet 2020

Pour le Comité Directeur,

Le Délégué Général

 


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