« Je chasserai les colons français avec l’argent de la noix de coco», dixit Augustino de Souza dit Gazozo

Son nom n’évoque dans la mémoire collective, notamment de la jeune génération que cette avenue au quartier Bè qui part du siège de la Cour constitutionnelle à Lomé, près de l’hôtel de la Paix pour aboutir au-delà de la lagune. Et pourtant, Augustino Ezéchiel de Souza alias Gazozo (fer chaud, Ndlr) était bien plus que ça.

Commerçant-planteur, il fait partie des héros, peut-être de l’ombre, de la lutte pour l’accession du Togo à la souveraineté internationale, à côté de ceux qui étaient au premier plan dont l’incontournable Sylvanus Olympio. Il était appelé le mentor de ces compatriotes qui avaient sué sang et eau pour arracher, en 1958, l’indépendance des mains du colon. Estimé la plus grosse fortune locale des années avant-indépendance, il était en quelque sorte le bailleur de fonds ou le financier de la lutte.

«Neto ko masa anya yovoawo », en français, « C’est seulement avec l’argent de la vente de la noix de coco que je vais chasser les colons français ». C’est l’une des célèbres phrases qu’il aimait à ressasser. Plus qu’une simple phrase, c’était un engagement solennel pris par le patriarche, en guise de contribution dans la lutte pour l’accession du Togo à la souveraineté nationale et internationale. Et c’est ce qu’il a fait, finançant avec l’argent de la vente de la noix de coco beaucoup d’actions et autres voyages à l’étranger et aux Nations Unies des porte-parole de la lutte.

Malheureusement, il meurt 48 heures avant la proclamation officielle et solennelle de l’indépendance, c’est-à-dire le 25 avril 1960. Selon les témoignages, on avait dû cacher la mauvaise nouvelle au peuple togolais juste pour ne pas ternir les festivités et c’est seulement après qu’elle a été annoncée. Augustino Ezéchiel de Souza dit Gazozo serait enterré dans une de ses concessions au grand marché de Lomé. Petit extrait d’un portrait dressé de cet autre héros de l’indépendance par le compatriote et confrère Ekoué Satchivi.

« Fils de Ezéchiel Manuel dit « Chacha », l’ancêtre des de Souza, venu du Brésil et de Kokoè Apéto Ayi d’Almeida, Pa Augustino de Souza a vu le jour 15 octobre 1877 à Agbodrafo (Porto-Seguro). Pour ses études, il a successivement fréquenté les écoles allemandes et anglaises dans sa ville natale et à Aného (Petit-Popo).

Pour son entrée dans la vie active, il a été d’abord maître-catéchiste notamment à Togoville et Aného. Entré par la suite dans l’administration, il sert successivement en qualité d’agent interprète et de commis des Travaux publics à Sansanné-Mango, actuel chef-lieu de la préfecture de l’Oti dans la région septentrionale du Togo. Puis, il se lança dans le secteur privé, en travaillant comme Chef stock à la Deutsche Togo Gesellchaft (DTG). Quelques années plus tard, il s’installe pour son propre compte en devenant commerçant-planteur au numéro 18 de l’actuelle rue de l’Eglise à Lomé (Adawlato). Très prospère, il achète par adjudication publique les domaines fonciers allemands numéro 52 et les transforme en plantation de cocotiers. Ce vaste quartier transformé depuis lors en zones d’habitation, reste bien connu des Loméens sous la dénomination de Souzanétimé (Cocoteraie de Souza).

Féru de politique, le commerçant-planteur a utilement œuvré pour l’accession du Togo à l’indépendance. Président du Conseil des Notables aux côtés de Octaviano Olympio, Jacob Adjallé et de Thimoty Agbétsiafan, ce grand argentier, avait pour rôle d’assister le gouverneur dans la gestion des affaires publiques. Membre du Comité de l’Unité Togolaise (CUT) créé dans les années quarante par le gouverneur Montagné, Pa Augustino de Souza dit Gazozo avait été tour à tour Trésorier général puis Président général jusqu’à sa mort de cette association transformée plus tard en parti politique pour combattre la colonisation.

Initiateur de la lutte anticoloniale, les réunions politiques du CUT se tenaient au domicile du mentor des patriotes togolais. Si Pa Augustino de Souza a été témoin oculaire du triomphe des partis nationalistes lors des élections /référendum du dimanche 27 avril 1958 organisées et supervisées par les Nations unies, il n’a pu par contre, assister à la proclamation deux ans plus tard de l’indépendance togolaise.

Hydre à mille têtes qui ne sait que choisir les épis qui portent les meilleures graines, le compagnon de l’indépendance togolaise est terrassé le 25 avril 1960, deux jours avant les festivités de la proclamation officielle de l’Ablodé (Liberté). Afin de ne pas engendrer le désarroi au sein du peuple, et éviter la mise en berne du nouveau drapeau national, l’annonce de la terrible et affreuse nouvelle avait été retardée ».

 

 

 

 

 

 


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