Le monde des tenanciers de bar, avec Agbéko K. Segbeaya

Ils permettent aux gens de prendre deux coups, se donner du plaisir, s’évader un peu…Mais ils sont aussi souvent sources de gênes pour le voisinage. Eux, ce sont les propriétaires de bars, restaurants et autres lieux de plaisir. Petite immersion dans le monde des tenanciers de bar, avec Agbeko Kossi Ségbeaya (photo). Dans cet entretien qu’il nous a accordé, le Secrétaire Général du Syndicat national des tenanciers de bar et restaurateurs du Togo (SYNATERTO) aborde la question du zonage, le quotidien des acteurs du secteur, les difficultés rencontrées dans l’exercice du métier, les rapports avec les pouvoirs publics, etc.

Vous avez été confrontés à un problème de zonage avec la BB Lomé. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

En fait ce problème de zonage n’existe plus, parce que nous avons beaucoup lutté contre cette pratique anticoncurrentielle pour qu’elle ne gangrène pas notre activité. Et ce qui nous avantage encore aujourd’hui, c’est qu’il y a l’ouverture d’une nouvelle brasserie. Etant en concurrence avec BB Lomé, celle-ci est obligée d’abandonner cette politique. Nous nous sommes dit au niveau du SYNATERTO (Syndicat national des tenanciers de bar et restaurateurs du Togo, Ndlr), que nous allons tout faire pour que la loi soit appliquée dans ce sens-là.

Décrivez-nous un peu le quotidien d’un tenancier de bar ou d’un  restaurateur.

C’est un travail de nuit et donc difficile. Le travail de nuit, d’habitude, vieillit l’homme. Nous ne dormons pas la nuit, nous sommes obligés de rester à côté de nos unités de production pour essayer de parer à toute éventualité qui peut nuire aux clients. Nous sommes obligés de nous lever assez tôt pour le ravitaillement et pour conserver les boissons au frais et nous préparer pour la soirée. Ca c’est le quotidien.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’exercice de votre métier?

On en rencontre beaucoup. Premièrement les impôts. Nous pensons que les prestations de l’OTR à notre endroit, c’est vraiment dur, parce que nous endurons une vingtaine de charges.

Il y a aussi le BUTODRA (Bureau togolais du droit d’auteur, Ndlr) qui a été mis en place par une loi assez drastique quand on voit le contenu qui nous contraint, comme des esclaves, à payer le BUTODRA. C’est une aide que nous apportons aux artistes, mais c’est transformé en obligation par le contenu de la loi du BUTODRA. Quand ils veulent fixer leurs redevances, ils ne mettent même pas le syndicat au courant, et chaque année, ça grimpe. Nous ne savons même pas les critères sur lesquels ils se basent pour les fixer. Des fois on nous dit que c’est le nombre de tables, des fois on nous dit que c’est l’espace. Mais il se fait que les tables ne sont pas occupées à tout moment. Nous devons trouver un autre critère entre nous, le Syndicat national des tenanciers de bar et restaurateurs du Togo (SYNATERTO) et le BUTODRA, pour fixer les prix. Nous ne pouvons pas travailler et trouver des bénéfices par la main droite et donner aux entités étatiques par la main gauche. Ce n’est pas normal.

Il y a également la municipalité, et c’est la même chose. Elle a le droit de percevoir des taxes, mais au niveau de la fixation, elle doit savoir que nous ne ramassons pas des millions pour payer les montants qu’elle nous fixe au mètre carré. Ces montants sont exorbitants, ce qui fait que nous avons de la peine à payer. Et quand tu ne paies pas, ce sont soit des contraventions, c’est-à-dire ce qu’on fixe, majoré d’un certain pourcentage comme pénalité, soit carrément on amène des ordonnances d’huissier et on ramasse tes sonorisations et tout ce qu’ils peuvent ramasser. Mais je me demande, si en ramassant les choses, on fermait les bars, la municipalité sait à peu près combien de personnes se retrouveraient au chômage. Il y a le social, il y a aussi l’économie ; mais les autorités municipales s’en fichent (…) Ce n’est pas normal qu’on nous traité de la sorte. Nous ne sommes pas des esclaves sur un champ où après avoir récolté, on remet au maitre.

Par ailleurs, nous avons aussi à gérer les clients, nous devons les éduquer pour que des choses dangereuses ne se passent pas dans nos bars (…) Les bars d’habitude sont les vitrines du pays. Quand un étranger rentre dans un bar, il doit savoir s’il y a la paix, s’il y a la sérénité dans ce pays là pour ses affaires. Nous sommes en quelque sorte la vitrine et c’est nous qui encourageons les investisseurs à venir au Togo. Si nous jouons le rôle de pourvoyeur d’emplois, nous encourageons également les investisseurs à venir dans le pays.

Autre difficulté, la gestion du personnel. Les serveuses sont des nomades, elles viennent aujourd’hui, elles peuvent partir demain ; elles viennent demain, elles peuvent partir dans deux ou trois jours. Mais vous pouvez avoir la chance d’avoir une serveuse qui fait plusieurs années, 3 ans ou 4 ans. Mais en venant, vous ne pouvez jamais savoir si elle va durer ou pas. C’est là où nous sommes encore confrontés à des problèmes au niveau de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) sur certains plans. Rédiger chaque fois des lettres parce qu’une serveuse est venue et est repartie, et dans l’année tu peux gérer presque 60-80 serveuses qui viennent et repartent (…). Nous avons donc des problèmes de correspondance à gérer au niveau de la caisse. Et quand tu oublies, la Caisse se pointe un jour pour te rappeler que voilà, tu as tel arriéré au niveau de telle serveuse dont tu ignores carrément la résidence aujourd’hui. Il faut qu’ensemble avec la Caisse et le Syndicat, on puisse s’asseoir pour essayer de voir comment on peut trouver une solution à ces problèmes. De même qu’au niveau des impôts. Quand vous prenez le syndicat des tailleurs, coiffeurs et coiffeuses, ils ont fait un forfait à ces syndicats-là. Nous avons demandé une audience au niveau de l’OTR, pour pouvoir discuter et voir si on peut trouver un terrain d’entente. Ce serait une réunion technique pour trouver une solution pour que nous puissions payer ces taxes et redevances à l’Etat. C’est normal que nous payions ces taxes et redevances pour la salubrité et le développement du pays.

Est-ce qu’il existe un code moral ou éthique dans votre métier ?

Nous exerçons une activité, et bien qu’elle soit économique, nous sommes des humains et tout homme est censé d’appliquer la morale dans l’activité qu’il fait. Nous n’avons pas le droit de gâcher la vie des gens. A titre d’exemple, quelqu’un qui se saoule, et qui vient dans un bar et demande qu’on lui serve encore une boisson alcoolisée, nous refusons. Nous ne pouvons pas faire un commerce basé sur l’immoralité. Dans ce sens, au niveau du SYNATERTO, nous essayons de sensibiliser nos adhérents là-dessus. Nous réfléchissons également à mettre au point un document applicable comme règlement intérieur à tous les bars.

Quels sont vos rapports avec les pouvoirs publics ?

            Ce sont des rapports de franche collaboration. Nos partenaires au niveau du pouvoir public, ce sont les ministères du Commerce ; du Tourisme, de l’Hôtellerie et Loisirs ; et de la Communication qui chevauche les activités de BUTODRA. Nous sommes bien reçus, on discute bien.

Au niveau de ministère du Tourisme, je peux dire que c’est une ambiance de convivialité. Quand on veut les voir, ils nous reçoivent sans problème et vice-versa. Quand ils ont même des activités, étant donné que nous faisons partie du domaine, ils nous invitent et nous participons avec eux au développement de ce ministère (…) Nous n’avons pas de problème. Nous collaborons pour avoir une convention collective des hôtels et des bars. C’est un ministère qui pour d’éventuels problèmes nous concernant, nous appelle chaque fois pour nous faire des propositions, et nous leur jetons des fleurs.

Au niveau du ministère du Commerce aussi, il n’y a pas de problème. Comme je l’avais dit, il y avait une loi portant organisation de la concurrence au Togo, et chaque fois que nous avons des doutes là-dessus, ils n’hésitent pas à nous apporter l’aide nécessaire pour nous éclairer. Même face au problème du zonage avec la Brasserie, ils nous ont assistés, on a fait des réunions ensemble pour voir si effectivement les démarches que nous sommes en train de faire pour supprimer le zonage, sont conformes ou contraires à la loi. Nous avons reçu des explications qui nous ont encouragés à avancer sur cette voie. Ils étaient même partis voir la Brasserie du Benin pour essayer de régler ce problème de zonage. Je me réjouis qu’aujourd’hui, il y ait une commission de  l’UEMOA venue voir la Brasserie pour essayer de lui parler des problèmes de prix ; elle a mené des enquêtes et établi des rapports (…) Là où nous avons des problèmes, c’est au niveau du BUTODRA, au niveau de la Mairie, et on fera tout pour trouver des solutions ensemble.

Nous jetons également des fleurs au ministère de la Sécurité, parce que nous ne pouvons pas ignorer que nous faisons un peu de tapage dans nos bars, ce qui empêche les riverains de dormir, d’étudier, ainsi de suite. Nous en sommes bien conscients, mais c’est un besoin de la clientèle. A chaque fois que nous avons nos réunions, nous invitons le ministère de la Sécurité pour pouvoir sensibiliser les gens sur les problèmes qui concernent la sécurité dans ce pays. Nous sommes dans un pays de paix et au niveau des bars, chaque fois qu’il y a des comportements suspects, on est invité à les signaler au niveau du ministère de la Sécurité ; parce que s’il y a du désordre, cela n’encourage pas nos activités. Et donc nous collaborons avec ce ministère sur le plan sécuritaire du pays.

En gros, je peux dire que les relations sont bonnes avec les autorités du pays.


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