Martin Andréas Aku, premier député du Togo à l’Assemblée nationale française

Né le 25 septembre 1913 à Lomé encore  sous domination allemande, Martin Andréas  Komla Aku est le fils d’Andreas Aku, instituteur et catéchiste, plus tard ordonné  pasteur  par les missionnaires allemands et qui fut le  premier  modérateur de l’Eglise protestante du Togo. Il est de l’ethnie Ewé dont le territoire va  du golfe de Guinée à l’Ouest  de l’embouchure de la Volta à  celle du Mono à l’Est, et  l’arrière –pays à près de cent cinquante kilomètres. Les natifs, on en compte à partir du Ghana en passant par le Togo jusqu’au Bénin.

Martin Andréas Aku a effectué ses études primaires à l’Ecole de la Mission Evangélique puis  à l’Ecole publique coloniale à Lomé et secondaires en Allemagne sanctionnées  par l’obtention d’Abitur, l’équivalent en France  du baccalauréat  pour étudier au niveau du cycle supérieur. Au terme des études en médecine effectuées  avec la Mission  de Brême successivement  à Tübingen en Allemagne, à Bâle en Suisse puis en France à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après l’obtention de son diplôme, il est retourné au Togo dans les années 40 pour y exercer la profession de docteur en médecine.

A l’instar de son père qui fut à la fois religieux et politique, le pasteur Andréas Aku ayant servi en qualité de représentant des Togolais au Conseil d’administration du territoire et œuvré dans le combat pour l’indépendance du Togo, le fils médecin, Martin Aku,  s’était également intéressé aux affaires de la cité. A peine avait –il exercé sa profession, il servit dès 1946 en qualité de député sous la bannière du Comité de l’Unité Togolaise (CUT) à l’Assemblée nationale française à Paris.

Les travaux de la Conférence de Brazzaville tenue du 30 janvier au 8 février 1944 avaient recommandé des changements dans le fonctionnement de l’empire français, essentiellement en Afrique noire ; une Constitution fut adoptée en octobre 1946 pour la formation d’une « Union française » entre la France et les peuples d’Outre-mer vivant sous  son drapeau avec des organes particuliers dont un Parlement composé de l’Assemblée nationale et du conseil de la République. Sur un total de 619  députés membres de ladite assemblée, 19 proviendraient de l’Afrique noire.

Dr Martin Aku fut proposé comme candidat du Comité de l’Unité Togolaise (CUT) avec un programme élaboré en trois points dont  « l’obtention pour le Togo des réformes politiques, économiques et sociales lui permettant d’accéder plus tard au self-government et à l’indépendance… ». Face à lui, Nicolas Grunitzly, le Secrétaire général du Parti Togolais du Progrès (PTP), un réformiste prônant l’intégration du Togo au sein de l’Union Française. A l’issue des consultations électorales, le camp des nationalistes favorable à Martin Aku obtint environ 73% des voix contre 25 % à celui des réformistes.

A Paris, le député togolais s’affilie au Groupe parlementaire des Indépendants d’Outre-Mer (IOM). Il sera battu  en  juin 1951 lors de la campagne pour sa réélection par Nicolas Grunitzky, son adversaire politique, soutenu de tous côtés par l’administration coloniale française  localement aux mains du gouverneur Yves Digo. Ainsi battu, le camp des Nationalistes revient en force lors des consultations électorales d’avril 1958 supervisées par une Mission des Nations –Unies. Frustré par l’attitude de l’administration coloniale française de ne  lui « reconnaître son diplôme de médecin pour le laisser exercer son métier au Togo », Martin Andréas Komla Aku, retiré de la vie politique,  s’installera au Ghana en qualité de docteur en médecine jusqu’à son décès en juin 1970 à l’âge de 57 ans.

Tel est le parcours de Martin Andréas Aku, une figure emblématique dans l’univers politique togolais parmi bien d’autres pour le rôle ô combien capital accompli dans  les années 40 et 50. La connaissance de notre passé, de l’histoire du Togo sur tous les plans étant bien nécessaire, le nom d’un tel personnage mériterait fort d’être affecté sur proposition bien étudiée à une artère, un carrefour, un édifice, une école ou une institution de notre pays.

©Rémy Fred Akouété


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