Dans une lettre ouverte adressée à Gilchrist Olympio, Timothée Ayekomon qui réclame presque trois décennies de militantisme à l’Union des forces de changement (UFC), pointait les dysfonctionnements qui minent le parti depuis quelque temps. Il relevait notamment les agissements de certains cadres, à l’instar du député Séna Alipui. Ce courrier fait des vagues.
L’auteur de la lettre ouverte est convoqué à la Police. Timothée Ayekomon a reçu, vendredi 11 septembre, une convocation à se présenter au commissariat du premier arrondissement le lundi 14 septembre 2020 à 10 H 00 muni de cette pièce pour « affaire le concernant ». Derrière cette convocation, se trouve le député – certains préfèrent parler de « députaillon », à tort ou à raison – Séna Alipui égratigné dans la lettre ouverte.
« (…) Ce monsieur s’est érigé en avocat défendeur de l’UNIR. Il faut vous rappeler sa défense de la reconnaissance du mariage homosexuel au parlement et puis la défense du crime économique commis par la famille ADJAKLI. Nous attirons votre attention particulière sur ce dossier qui défraie la chronique au Togo. Dans le pays, on mange difficilement une fois par jour, mais c’est dans ce même pays que monsieur Alipui Séna se constitue, au nom de l’UFC, l’avocat défenseur de la famille ADJAKLI en qualifiant les journalistes de canaux vides alors que l’UNIR n’ose pas en parler», a écrit Timothée Ayekomon dans sa lettre ouverte datée du 5 août dernier.
Sur la signification de la convocation à lui faite, il est indiqué en caractères lisibles et tout en rouge : « NB : Attention, 3e convocation ». Une formule souvent utilisée après deux convocations successives auxquelles le concerné ne répond pas. Mais le plus cocasse, Timothée Ayekomon n’a reçu une première ni une seconde convocation. En tout cas, pas dans la forme requise par les civilités administratives. Il aurait été juste appelé deux (02) fois au téléphone et l’interlocuteur lui a fait savoir que le député Séna Alipui est venu se plaindre au sujet de sa lettre ouverte adressée au Président national de l’UFC. Ces deux appels, de toute vraisemblance, tiennent lieu des deux convocations préalables requises.
Contacté, Timothée Ayekomon confirme : « Une certaine personne qui se réclame officier de police en service au 3eme arrondissement qui appelle sur téléphone pour me dire que le député Sena s’ est présenté devant lui pour porter plainte contre moi sans objet et me demande de venir pour répondre. Hier (jeudi, Ndlr) matin, très tôt j’ai rappelé pour lui dire que je ne pouvais pas répondre tout seul et que je serai accompagné par une autre personne comme témoin. À 10 heures 15, il me rappelle pour m’annoncer l’arrivée des gens (…) Ensuite ces gens sont trop pressés de me voir qu’ils me prennent une convocation délivrée par le commissariat ou la justice. Aujourd’hui (vendredi, Ndlr) vers 12h 30, on est venu me faire notifier une convocation où il est écrit : attention 3ème fois. Quand j’ai bien voulu comprendre, il (l’officier) a répondu en disant que ses deux appels téléphoniques d’hier (jeudi) étaient considérés comme deux convocations ». On est où là, se demanderont certains.
Une lettre ouverte est par excellence destinée à dénoncer, interpeller qui de droit sur une situation. Celle de Timothée Ayekomon relevait des dysfonctionnements au sein de l’UFC qui sont d’ailleurs des secrets de Polichinelle, au-delà de certaines révélations et de quelques coups à des cadres. C’est une lapalissade, Gilchrist Olympio s’est mis en retrait et le parti est devenu comme sans gouvernail, des clans se sont formés pour la récupération de ses rênes. Certains dont Séna Alipui et un Dr Folly Gadah se permettent de parler au nom du parti ou de Gilchrist Olympio lui-même et parfois ils se font reprendre de volée par des communiqués du résidu du Bureau.
Les problèmes évoqués par Timothée Ayekomon sont donc fondés et le bon sens aurait voulu que les premiers dirigeants du parti prennent leurs responsabilités et convoquent des assises pour en parler, à commencer par Gilchrist Olympio lui-même qui se réclame encore Président national, même s’il a disparu des écrans et la dernière fois qu’il l’a ouvert (sic) remonte à l’arrivée des Allemands au Togo ou à la récolte du haricot, c’est-à-dire loin dans le temps. Mais on préfère laisser la proie pour l’ombre. Et dire que ces manœuvres portent le sceau de Séna Alipui, qui se réclame fièrement de la nouvelle génération de politiciens dont a besoin l’opposition et aime à jouer le parangon de vertu.